Women Groove Project ... L'Afrique au féminin pluriel

Les histoires de fusions musicales sont légion, parfois constitutives de l'évolution des genres. Parfois malheureuses, parfois heureuses. Celle qui sous-tend Women groove project est particulièrement réjouissante et inédite.

A l’origine du projet, il y a Ousmane Faye, manager du chanteur Omar Pène et fondateur du Festival Banlieue Rythme dans les quartiers périphériques de Dakar. Son ambition ? Donner la parole aux femmes et pointer à travers deux chanteuses, Ngnima Sarr et Mamy Kanouté, a priori aux antipodes l’une de l’autre, leur pluralité pour mieux embrasser ce qu’elles ont à dire. C’est là la grande réussite de cet album éponyme : dépasser la simple juxtaposition de genres musicaux, lui donner une raison d’être dans le fond, donc dans la forme.

Audacieux, ce projet ne s'arrête pas à la production d'un simple album (d'où son nom). Il comporte aussi une partie visuelle, photographique et vidéo. "Après l'enregistrement, détaille Ngnima Sarr, nous sommes parties en voyage dans le pays avec Mamy, pour comprendre nos racines communes, les rites, les danses, les musiques de nos origines. Nous sommes allées dans les villages de ses grands-parents, où sa famille est arrivée quand elle a quitté le Mandé (partie malienne). Puis dans le village de mes grands-parents, dans les îles du Saloum. On a pris la route, des pirogues, c'était fort! Le Mali et le Sénégal étaient avant un seul et même empire, donc nous sommes liées Mamy et moi, nous avons des ancêtres en commun". La photographe Sarah Hickson les a suivies durant ce périple et a immortalisé l'aventure dans un projet documentaire multiforme (blog, expositions photo, vidéos). Women groove project  se conjugue à tous les tempos, à tous les temps historiques, au féminin pluriel et loin des sentiers battus. Une rencontre riche et singulière.

Les textes et les compositions ont été écrits dans ce même temps, en commun, et traduisent cette volonté de raconter une histoire de femmes : comment porter son africanité différemment, de manière traditionnelle ou hybride, comment faire face au regard d'une société dominée par l'homme. "Dans le titre Dimbaliya (que l'on pourrait traduire par Femme stérile), commente Ngnima Sarr, Mamy dit qu'il faut être mère. On avait ce débat ensemble, elle me conseillait de prendre un mari, de faire des enfants. Moi je ne vis pas avec l'idée de m'accomplir le jour où je vais être une mère, même si j'en ai très envie. Ce n'est pas une fatalité, je m'accomplis avec un tas de choses dans ma vie. Pour autant, on s'accorde avec Mamy pour dire que la pression sociale n'est pas nécessaire et justifiée. Dans un couple, quand l'enfant n'arrive pas, chez nous, la faute est toujours rejetée sur la femme. L'homme est parfois stérile, mais ce n'est pas lui le fautif, jamais! Et c'est toi la femme qui devient la honte".


En wolof, en sérère, en bambara et en anglais, Ngnima Sarr et Mamy Kounaté chantent aussi l'illusion pour l'Afrique de se projeter dans un futur occidental, l'inéluctable destin de la mort, la spiritualité syncrétique, l'exil et la thérapie que représente la musique. "Nous, chanteuses, sommes aussi là pour réveiller les gens, précise Mamy qui ne confère pas aux griottes le seul rôle de laudatrices.Nous sommes des journalistes, des historiennes".

22 Février 2017 / Show case Live RTS / Suisse

25 Février 2017 / Institut Français / St Louis / Sénégal

4 Mars 2017 / Institut Français / Dakar / Sénégal

20 Mai 2017 / l’Alhambra / Genève / Suisse

3 Juin 2017 / Le Hangar / Ivry sur Seine (94)

4 Aout 2017 / Lauzanne / Suisse

2 Septembre 2017 / Festival Sam’Africa / Samatan (32)

7 octobre 2017 / Africa Night / Belgique

17 Novembre 2017 / Argo notes / Montreuil (93)

18 Novembre 2017 / Le nouveau Cap / Aulnay sous Bois (93)

Mamy Kanouté et Ngnima Sarr ne se connaissaient pas avant de se rencontrer aux côtés du guitariste et chanteur Hervé Samb qui a réalisé l’album de ce projet ambitieux. La première, issue d’une famille de griots, vit à Dakar et allie une carrière de choriste à des projets personnels. Bien qu’ancrée dans la tradition, elle a déjà emprunté des chemins plus contemporains en collaborant avec le Jamaïquain Ernest Ranglin ou les African Divas électros du producteur Frédéric Galliano.


« On ressent une grande histoire dans sa voix, convient Hervé Samb. C’est très rare qu’une chanteuse de ce niveau-là accepte de s’ouvrir à une telle entreprise». Une voix ample, à la noblesse toute mandingue, dont la maturité laisse imaginer, à tort, un âge certain : Mamy est plus jeune que son alter ego, Ngnima Sarr. D’origine sérère, la trentaine, cette dernière a quitté Dakar il y plus de 10 ans et vit à Paris. A l’opposé de sa partenaire, elle cultive le registre hip hop mais grimace quand on lui colle cette étiquette et tranche sans façon : « Je viens du hip hop, c'est vrai, mais je n'ai pas voulu m'y enfermer. C'est un genre chouette et social, qui contextualise, mais qui, musicalement, peut être limité. Et je n'ai pas envie d'être limitée, je prends l'émotion là où je la trouve. Des fois je rappe, des fois je chante, des fois je crie. Il y a beaucoup de choses dans ma musique, c'est une fusion jazz, rock, psychédélique, bref expérimentale". Aux envolées lyriques de Mamy Kounaté, Ngnima Sarr a donc confronté son flow musclé; à la tradition, une culture urbaine. "Pendant 10 jours, se souvient Hervé Samb, nous sommes restés enfermés en studio, parfois 15 heures d'affilée! Un vrai laboratoire. Afrobeat, électro, soul, rythmes d'Afrique du Sud, mbalax, on a touché à tout. Il y avait beaucoup de passion. Quand on travaille avec des artistes comme Ngnima et Mamy, c'est facile car elles ont de vraies personnalités, elles savent ce qu'elles veulent. Souvent dans un même morceau, il y a une vision différente de la vie, mais pas forcément opposée".

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